Un Quebécois parmi nous... il n’a que 25 ans, certes, mais il porte en lui, sans que cela nuise le moindrement a son progressisme et a ses idées bien de notre temps, plus de trois siécles de tradition canadienne- frangaise. Car les Noél de Tilly sont arrivés en Nouvelle-France en 1637. Robert, lui, est arrivé en Colombie- Britannique voici quelques semaines seulement. Immédiatement installé a Maillardville ot il a pris ses quartiers dans une famille, Robert est déja devenu un visage et une silhouette familiers dans la communauté en presque redevenir. C’est ca, précisément, que ce jeune urbaniste québécois dipl6mé de Montréal mais qui étudia aussi a Toronto a l’université et au Pérou “sur le tas”, est venu faire dans le quartier de Coquitlam ou, entre Lourdes et Fatima, une communauté se compte et voudrait se donner un _ cadre nouveau. Le comité conjoint mis sur pied par la municipalité et la société coopérative Habitat-Maillardville a re- tenu les services de Robert et lui a demandé de dresser les plans a Véchelle humaine d’un nouveau quartier ou les Canadiens-francais se sentiraient eux-mémes et tout neufs a la fois. Il aurait suffi d’un architecte? Que non. Un architecte dessine un cadre dont l’occupant, la plupart du temps, n’a qu’a s’accommoder. A Maillardville, ce sont les Maillardvil- liens (on a envie d’écrire désormais dans un_ sens_ plus _ intime:les maillardvillageois) qui aideront leur jeune urbaniste a traduire leur propre conception de leur nouvel habitat. L’ampleur de la tache, si elle effraie un peu (un tout petit peu, et encore, pas souvent) Robert, lui semble exhaltante. “Je crois a la formule coopérative. Si je n’y croyais pas, je serais déja reparti, ou je ne serais pas venu,” affirme-t-il. Les gens de Maillardville, et avec eux tous les Franco-Colombiens, ont bien de la chance qu’il soit venu et qu’il reste. Plan Maillardville: 946 Brunette, Tél: 524-2507 VANCOUVERITES (plusou moins bonnes a dire) Vancouver est redevenue Katmandou et les effluves de “h” et autre marijuana atteignent les narines du Vancouvérien-a-l’année-longue plus tét que les senteurs de goémon et des billots de cédre sur les plages ou la mer n’arrive pas a effacer les pas des campeurs démunis. Comment batir une communauté dans la salle des pas perdus d’une gare envahie par l’exode? Cette transhumance saisonniére, loin d’ajouter a notre potentiel collectif, vient chaque été remettre en question, dans la métropole en tout cas, les efforts de quelques illuminés convaincus a la fois du bien-fondé et de la vanité de leurs tentatives communautaires. Et ils se mettent, ces artisans plus tétus que nantis, a détester cette grande ville si laide qui pourrait 6tre si belle dans son décor marin sur toile de fond de montagnes. Ils se prennent a penser a Maillard, a lui inventer des descendants, des émules tout au moins, qui pourraient, en des lieux plus propices parce que plus modestes de dimensions, créer une cellule francohumaine, des cellules, exemplaires, attirantes, aimantées, aimantes et aimables. Si les animateurs de la Fédération restaient 4 Vancouver, cet été, ils risqueraient de se transformer en agents de triage, en préposés aux renseignements pour touristes de passage, en placeurs, en logeurs, en dépanneurs, en pourvoyeurs en tous genres. Toutes ces fonctions, par ailleurs fort digne et parfaitement utiles, se justifieraient, ala rigueur, si notre organisation relevait du gouvernement du Québec, si nous étions une sorte de consulat québécois. Ou si, peut-étre, nos jeunes migrants venaient ici avec l’intention d’y rester. Certes, quelques-uns restent (un sur 1500 selon des statistiques impossibles a vérifier) qui ont peur de réaffronter V’hiver oriental, leurs études, leurs parents, leurs responsabilités. K * Avant d’aller sur V’ile mener mon activité estivale, j’y ai fait un saut autre fin de semaine pour oublier un peu mon travail. C’est difficile. Avec les amis qui partageaient ma découverte de la céte sauvage entre Tofino et Ucluelet, il a fallu se fixer des régles trés strictes de non-référence a la francophonie, a la francité, a la franco- colombiennitude. Blotti entre un tronc d’arbre et un banc de sable, du coup, je n’ai pas pu lire a haute voix ce que je venais de découvrir dans un petit guide de l’endroit. J’y apprenais pourtant des choses trés intéressantes sur les débuts de Tofino. Les premiers colons s’y sont installés vers 1890. Quelques années plus tard, l’anse Sidney était littéralement “envahie” par...deux familles canadiennes-francaises. Et le petit livre raconte: “L’une s’était installée a Spittle’s Point, l'autre a Mud Bay. Les deux familles totalisant plus de vingt enfants, une école fut créée. Pour la construction de cette école, un nommé Tom Wingen coupa et livra le bois nécessaire pour la somme tres précise de quarante dollars.” Vint ensuite le premier instituteur, un monsieur Miller qui disparut pendant quelque temps jusqu’a ce qu’on retrouve son cadavre dans les eaux de la baie. L’histoire ne dit pas si cette fin tragique avait quelque rapport avec le genre d’enseignement qu’il donnait aux petits Canayens