L’éducation francaise en Alberta Quand la débacle se fait Par Yves Lavertu Edmonton - L’avénement de la Charte canadienne des droits et libertés semble étre a Vheure actuelle en Alberta une bombe 4 retardement dont on aimerait bien “re- ‘tarder” le mécanisme indéfi- niment. Qu’ils soient ministres ou commissaires scolaires, ceux-ci, en raison de l'article 23 de la Charte, écopent de maux de téte peu servis par des remédes palliatifs dont ils connaissent l’action tem- poraire. Depuis le 17 avril 1982, la revendication des _ franco- phones de cette province a léducation en frangais est en effet rendue légitime sur le plan légal. Le nouveau fer de lance des Franco-albertains trouve son fondement juridi- que dans l'article 23 de cette Charte qui définit sans préci- ser plus qu'il ne faut les droits scolaires des minorités de langue officielle au pays. En signant la Constitution de 1982, le gouvernement albertain offrait ainsi implici- tement aux parents franco- phones vivant dans cette pro- vince la possibilité de faire instruire leurs enfants dans la langue francaise et dans des établissements de langue fran- Gaise “lorsque le nombre de ces.enfantsMe justifie”. Une fois ouverte la boite a . Pandore, le monde scolaire anglophons réalise mainte- nant la portée et les effets d'une telle clause en Alberta. Puisqu’on ne peut cependant _ pas réparer les pots cassés, il s'agit de trouver comment surseoir a l’application de telles dispositions qui entrai- neraient selon plusieurs de nombreuses difficultés d’ordre_ administratif et politique. Des écoles francophones difficilement acquises Depuis 16 mois, l'association porte-parole des Franco- albertains est en négociation avec le gouvernement Lougheed sur cette question. L’ Association canadienne- francaise ide l’Alberta (ACFA) veut ainsi forcer le gouvernement albertain a cristalliser dans la Loi scolaire de la province les nouvelles régles du jeu qu’impose l’arti- cle 23. I faut rappeler qu’a- Vheure actuelle, les disposi- _ tions inclusés dans la Loi scolaire de ]’Alberta stipulent que l'anglais demeure la lan- gue d’enseignement de la province, sauf dans le cas “ou une commission scolaire déci- de d'offrir des programmes d'immersion”. L’ACFA pré- tend, quant a elle, que le "strict minimum auquel le gou- vernement Lougheed doit au moins s’astreindre,en raison de la nouvelle charte .est de garantir dans la Loi scolaire le droit a l’existence légale d’éco- les francaises ou de classes homogeénes francophones en- tiérerhent financées par les de niers publics. Jusqu’a maintenant, les pourparlers avec le ministre | albertain de ‘ 1|’Education David King se sont faits en catimini. L’explication de cet- te confidentialité réside en - partie dans la volonté gouver- ° nementale de ne pas €veiller chez les citoyens la crainte que “l’atmosphére __ linguistique” prévalant au Manitoba puisse _ s’exporter ici en Alberta. Quoiqu’il en soit, l’ACFA prudente dans le respect du secret entourant ces échanges -doit tout de méme reconnaftre que les négociations piétinent. __ Non seulement, les tractations achoppent sur plusieurs points mais l'association franco- phone s’interroge de plus en plus sur la facon dont ‘le ministre de ]’Education con- duit les opérations. A trois reprises, le calendrier des négociations a été rabroué par le ministre. Avec consterna- tion, l'association vient égale- ment de réaliser que les autres membres du Cabinet Lougheed ne sont méme pas au courant du dossier alors que ceux-ci devraient en avoir été informés depuis déja plu- sieurs mois. La revendication des Franco: albertains a l'éducation en francais dépasse cependant le strict plan légal. Un deuxiéme front, aussi essentiel que le premier, vient compléter la stratégie des doléances. Moins flamboyant et peut-étre en outre plus embarrassant, la revendication des parents _ pour l’établissement d’écoles francophones constitue la ré- ponse directe a l’article 23. Celui-ci sous-entend en effet que l’application de ces droits ne se fait pas automatique- ment. Les principaux intéres- sés doivent par conséquent les exiger. Depuis le début de sep- tembre dernier, une bréche a été ouverte sur ce terrain. Des ‘comités de parents viennent d’arracher aux commissions scolaires albertaines deux éco- les réellement francophones. L’une a Edmonton regroupe 250 éléves de la maternelle a la 6e année. L’autre a Calgary en rassemble quelque 120. Ces écoles ont surgi depuis l’au- tomne dernier en Alberta grace a des pressions et trac- tations exercées par les pa- rents qui se sont vus appuyés par l’ACFA. Bien que ces deux écoles soient considérées par la com- munauté _franco-albertaine comme des victoires savou- - rées, celle-ci sent bien que rien n’est encore acquis. A Vheure actuelle, des démar- ches discrétes sont entreprises par les parents francophones d’Edmonton afin d’obtenir l’extension,- au niveau des degrés offerts, de . l’actuel programme scolaire franco- phone. C'est la stratégie du petit pas. Une stratégie qui n’est protégée par aucune garantie juridique. Pour les Franco-albertains, le lobbying demeure cependant la pierre d’assise de toute nouvelle per- cée dans le domaine de l’édu- cation francaise. Ce lobbying _vise en partie a faire réagir les commissaires, détenteurs par- tiels de la clef de la solu- tion. Cruciale — distinction Pourtant, a l'heure actuelle, les commiissaires scolaires albertains sont sur le qui-vive. . Alertés par les changements u'entrainerait 1’application e l'article 23 sur la gestion des. juridictions scolaires ot existeraient des écoles fran- Gaises, ceux-ci ont décidé d’aller au-devant des difficul- tés. Au début de novembre der- nier, 750 commissaires alber- tains réunis en congrés a Edmonton se sont prononcés en faveur d’une résolution stipulant que les exigences concernant le droit a l’instruc- tion dans la langue de la minorité officielle sont actuel- . lement rencontrées en Alberta par les actuels programme d’‘immersion. 3 La dissidence, impuissante, est bien sir venue en partie — des quelques commissaires francophones. Ils sont peut nombreux mais curieusement ceux-ci occupent des échelons élevés au sein des’ différentes associations de commissaires. L’un d’entre eux a méme qualifié l’échappatoire de “ri- dicule”. Elle prouvait selon lui comment les commissaires albertains ne vivaient pas a Vheure du Canada en démon- trant leur ignorance sur la différence existant entre une . école d’immersion et une école francophone. Quelques semaines plut tét, un employé francophone haut placé dans la hiérarchie d’un Conseil scolaire du nord-est d’Edmonton avait eu l’audace de clamer cette différence devant prés de 400 professeurs de fran¢ais enseignant pour la plupart en milieu d’immer- sion. Stigmatisant l’immersion en la comparant a une “siréne déchue” pour les Franco- albertains, celui-ci déclara qu'il n’était plus acceptable qu'en 1984 l’immersion puisse s'appliquer indifféremment aussi bien aux étudiants an- glophones que francophones. Ils sont aujourd’hui plus de 17 000 éléves, pour la plupart anglophones, inscrits dans les . programmes d’immersion. Hormis les 370 étudiants qui composent les clientéles des deux récentes écoles franco- phones de l’Alberta, le nom- bre d’étudiants. _franco- albertains noyés dans la masse de ces €coliers est inconnu. Ce qu’on sait pour l’instant, c’est que le taux de transfert linguistique des enfants des ° quelque 63 000 Franco- albertains se situe entre 338% et 49% chez les groupes d’age scolaire. En d’autres mots, cela revient 4 dire que prés d’un enfant sur deux s’angli- cise avant méme d’avoir ter- miné ses études. L’ACFA reconnait que l’éco- le d’immersion est une “heu- reuse trouvaille” pour ceux qui désirent apprendre effica- cement une seconde langue. dant a ce modéle un autre, conc¢u selon elle expressément pour les éléves franco-alber- tains. Pour les dirigeants de LACFA, le prototype de 1’éco- le franco-albertaine n’est pas un établissement ot l'on en- seigne le francais comme une deuxiéme langue. II n’est pas non plus le lieu ot l'on “mélange” les enfants franco- phones et anglophones et ou, toujours selon |’ACFA, les petits francophones sont sou- vent “utilisés” pour enseigner le francais aux petits anglo- phones. La revendication de l’‘ACFA pour l’obtention d’écoles fran- Caises a Alberta francophone repose sur une autre conception. Il s'agirait d’institutions “qui vi- vent en francais, dont |’am- biance est francaise, dont le personnel est d’expression et: culture frangaises et au sein de lesquelles toutes les communi- cations se font en frangais”. Des écoles gérées par - des anglophones A cette perception de l’école ~ de langue francaise, il faut . €galement ajouter que celle-ci serait administrée par des Mais francophones. voila. Dans le contentieux avec le | gouvernement, la question de la gestion scolaire fait parti- culiérement probléme. L'ACFA estime en effet que les écoles frangaises devraient étre contrélés par des fran- cophones , : Un événement récemment survenu a Edmonton vient renforcer de facon subtile la position de l'ACFA 4 ce sujet. Le caractére paradoxal qu’en- © trainait la nomination par une majorité de commissaires anglophones de la premiére école francophone d’Edmonton a en effet em- bourbé le processus de déci- ; L’association oppose cepen- la grandeur de \ sion au point d’en révéler les connotations politiques sous- jacentes. En toile de fond, un nom proposé par des franco- phones, celui de _ P.-E. Trudeau donna le coup d’en- voi a une série de chassés-croi- sés qui devaient révéler l’ac- cueil plutét glacial de plu- sieurs commissaires anglo- phones face a un nom pou- vant étre identifié au “French Power” d’Ottawa. Désireux de part et d’autre de sortir du guépier, une solution de com- promis fut finalement trouvée en désignant l’€cole du nom d’un vétéran dans l’enseigne- ment du frangais en Alberta: Maurice Lavallée. L’épineuse question de la gestion scolaire ne parait pas pour l’instant en passe de débloquer. La fragmentation de la population dispersée a travers toute l’Alberta semble également étre un point d’a- choppement devant la créa- tion d’une structure de con- tréle administratif pour des écoles homogénes franco- phones. . A Vheure actuelle, le minis- tre de I’Education David King, afin d’éviter l’impasse dans les pourparlers, ne s'est compromis que sur la’ possi- bilité d’établir des conseils de parents francophones ayant un réle d’ordre consultatif auprés des: Conseils scolaires. C'est ce méme David King qui- confiait 4 des commissaires, il y a. peine deux mois, que la derniére décision juridique en Ontario concernant la gestion des droits scolaires des franco- phones dans cette province avait été “généreuse plus que nécessaire’’. Menace d’une contestation judiciaire La position de King augu- rait bien l’impasse qui se produit actuellement dans les négociations avec 1l’ACFA. Bercée par des espoirs a chaque fois différés de déblo- cage prochain, celle-ci peut a certains égards se sentir ber- née. Le ler décembre dernier, elle décidait d’envisager con- crétement l’action judiciaire comme un recours possible en adoptant une nouvelle straté- gie plus offensive face aux Le Soleil de Colombie, vendredi ler février 1985 —5 attendre négociations. Lasse de talon- ner un gouvernement ayant peu de motifs pour changer d’attitude, celle-ci veut main- tenant exhiber la menace d'une contestation judiciaire pour aiguillonner son inter- locuteur. - Maisl’associationne veut pas improviser cette poursuite. Paradoxalement prudente de- vant cette possibilité, elle semble plutét fourbir l’épée de Damoclés comme si seule- ment elle y était containte. Cependant, les dirigeants de !'ACFA endossent probable- ment la perception du direc- teur-adjoint de l'association Guy Lacombe lorsqu’il écri- vait en 1983 que le seul droit que les francophones hors Québec ont gagné par la Charte des droits et libertés, “c'est celui d’aller se battre devant les tribunaux”. Les modalités. restent maintenant a définir. L’ACFA n’a pas encore dé- _ _voilé publiquement les détails du. nouveau plan d’action comprenant ce volet juridi- que. Une fois véritablement enclenchées ces nouvelles dé- marches, il deveindra plus facile de saisir la portée et la signification exactes de |’as- pect judiciaire de la stratégie adoptée. On saura alors si Vhiver albertain dans sa se- conde tranche sera “chaud” ou banalement long. ICN RAIL Soumissions pour Construire la pente de stabilisation du mille 15.8 Subdivision Asheroft, Les travaux consistent a Yexcavation et |’enléve- ment de l’emplacement dé- signé 120,000 m3 de maté- riel commun. Les soumissions cachetées dans une enveloppe a votre adresse seront recues jus- u'a midi, heure normale es montagnes, jeudi 21 février 1985. Les documents de soumis- sion peuvent étre obtenus aupres du bureau de IIngé- nieur Chef Ny 15éme étage, 1 - 104éme avenue, Edmonton, Alta ou !’In; nieur des Chemins et des Voies, 14480 - 117A ave- nue, Surrey Nord, C.B. ou I'Ingénieur des Chemins et des Voies, 2me étage Sta- tion CN, rue Lorne, Kamloops, C.B. le ou aprés le 31 janvier 1985, sur dépét d'un chéque certifi¢é- de cinquante dollars (50$) a lordre du Canadian Na- tional Railway Co. Le dé- pot sera remboursé lors du retour des documents en bon état, dans les trente (30) jours suivant la date de la fermeture des sou- missions. Pour de plus amples renseignements tec! ore appelez le bu- reau du Gérant de Cons- truction, Kamloops, C.B. (604) 374-8108. La soumission la plus basse ou toute autre ne sera pas nécessairement acceptée. R.A. va Salon Tél. Lucien Bellin 1212 rue Denman Vancouver, C.B. 683-4622 24 ans au méme endroit Prix spéciaux . d’anniversaire V6G 2N2 Moi, je les recois en francais Avis, circulaires, retours d‘impot, c'est dans ma langue qu’Ottawa me les envoie. Parce que c'est en francais que je remplis mes déclarations. Au besoin, communiquer avec le Bureau du Commissaire aux langues officielles en télephonant a frais. virés au (403) 420-3111. I] peut nous aider a obtenir des services en francais. Vos associations franco-colombiennes