A la Galerie d’art de Vancouver Louis Cartier, Par Charles-Henri Buffet Vous portez une montre- bracelet? Alors, vous devez quelque chose 4 Louis Cartier, joallier, artiste et inventeur génial. Non content de créer couronnes, riviéres de diamants et autres bagues ou diadémes pour toutes les tétes couronnées de ce monde, Louis Cartier (1875-1942) passait son temps a inventer et a innover. Son ami Alberto Santos-Dumont, Brési- lien et pionnier de l’aviation, cherchait-t-il une fagon pratique de lire l’heure? I] créait pour lui une montre accrochée au poignet, lui évitant ainsi d’avoir a sortir son “oignon” tout en tenant les commandes de son avion! La marque de Louis Cartier, c'est son €poque. Son heure de gloire, les années folles. Ses plus grandes créations datent des premiéres années du vingtiéme siécle. Elles sont influencées par les fastes de l’Art déco, mais portent également une touche trés personnelle: utilisation des émaux, mariage du diamant et de matériaux semi-précieux (jade, corail ou lapis-lazuli) , introduction de matériaux “révo- lutionnaires” (le platine pour les montres) . Ces idées originales, il les devait en grande partie a ses voyages en Orient (de l’Egypte a la Chine en passant par la Perse...), dont nombre d’objets gardent la marque: dragons chinois a cing pattes sur telle horloge, motifs empruntés a ]’Art islamique sur telle autre. Son _ inspiration puisait 4 toutes les sources, tous les événements l’influengaient: visite 4 Paris des Ballets russes de Diaghilev, découverte du tom- beau de Toutankhamon... Sa plus grande réussite, pour Paralléle, |'émission francophone du cable 4 est diffusée sur Vancouver, Burnaby et Richmond a partir du 3éme mercredi du mois, Le mercredi a 19h00, le jeudi 4 10h00, le vendredi a 12h00 et le dimanche a 13h00. Le Déclin de l'empire américain, film québécois de Denys Arcand, est ares sur les écrans du Varsity, W. O&éme avenue 4 19h15 et 21h15 et Royal Centre, 1055 W. ia a 18h15, 15h15, 17h15 + 19h25.et 21h40 Au Musée de Vancouver, jusqu’au 26 Ouvert tous les jours de 10h00 4 17h00. Tél. 666-3201. ’ - Parmi ceux-ci Albert Cloutier (qui a~ pet le pare des Laurentides), Edwin olgate qui a fait le du Mont - Tremblant et Robert Pilot celui du mont Revelstoke. Sur les 36 murales, 30 sont intactes. A la galerie d'art de Vancouver. inventeury Une pendule mystérieuse : un cadran transparent et des aiguilles comme suspendues dans le vide. moi la plus fascinante, ce sont ses pendules mystérieuses. “Le prin- cipe en est simple, explique Eric Nussbaum qui travaille depuis trois ans 4 mettre sur pieds un musée Cartier 4 Genéve. Sur un cadran ‘invisible’, verre transpa- rent taille comme un diamant, les aiguilles semblent flotter et tournent sans aucun mécanisme visible... L’explication, c’est une série dastuces géniales: les aiguilles sont en fait plaquées sur des disques de verre [un pour chaque aiguille] et entrainés par “des rails sus leur ctrconférence.” Vous ne comprenez par le mystére? Ni l’explication? Allez les voir, vous comprendrez encore moins! Mais vous pourrez admirer la richesse des décora- tions, la profusion de diamants et de matériaux précieux, l’origina- Le chef d’orchestre Pierre Hétu lirigera les 25 et 27 octobre a *Orphéum le Concerto pour giano de Barber et la huitiéme symphonie de Dvorak avec le pianiste John Browning. Le Jour S Dans Le jour S, Jean-Baptiste Beauregard (Pierre Curzi) est un producteur de télévision montréalais qui décide, un beau samedi aprés-midi, de contem- pler sa vie érotique. Commes le figures d’un réve, les femmes de son passé lui apparaissent les unes aprés les autres. Toutes interpré- tées par la méme actrice, elles incarnent le principe des trois “S”: sexualité, sensualité, senti- ments... _ Le metteur en scéne Jean-Pierre Lefebvre sera présent lors de la projection du jour S, le jeudi 30 octobre, 19h30, a la Cinémathe- que Pacifique, 1131 rue Howe. (En francais avec sous-titres anglais). -Les Grands Ballets Les Grands Ballets canadiens seront les 6, 7 et 8 novembre a 20h00 au Queen Elizabeth Theatre avec un répertoire varié. “Carmina Burana” (danseurs, orchestre, choeur et solistes) la premiére de “In Paradisum” et “Raymonda Act IIT”. Billets a 12, 15, 20 et 25 $ (plus frais) sont disponibles aux guichets VTC et CBO, chez Eaton et Woodwards. lité des formes. Cent-soixante objets seront exposés a partir du 24 octobre a la Galerie d’art de Vancouver. La “Rétrospective Louts Cartzer - Chefs d’oeuvre de l'art joazllier” aura liew du 24 octobre au 9 novembre a la Galerie d'art de Vancouver, 750 rue Hornby [682-5621]. Ouvert du mardi au samedi de 10h00 a 18h00, le dimanche de 13h00 a 18h00. Hantise de la mort Un chatoun, en russe, c’est un ours perdu qui erre dans la forét, loin des siens, livré 4 sa propre fureur et 4a la solitude. Les héros du roman de Youri Mamleiev sont des chatouny. Un vieux fou qui se prend pour une poule, un idiot dont le seul passe-temps est de tuer ses semblables, une jeune intellec- tuelle attirée par le mal, une secte de jeunes sadiques hantés par V'idée de la mort; voici l’univers trés slave et trés fou de Chatouny, le premier roman traduit en francais du romancier d'origine russe Youri Mamleiev. Tous ses personnages sont fascinés par la mort, a tel point que pour eux les étres humains ne sont que des morts en puissance. Mus par une méme passion pour le néant, ils se réunissent dans le cadre d’une secte ésotérique et amorale. Si le roman (dont l’action se situe dans les environs de Moscou) est trés slave par certains aspects, notamment par la constance de préoccupations métaphysiques, Youri Mamleiev Y ne fait aucune allusion au régime politique soviétique. Ce qui est surprenant de la part d'un écrivain diffusé pendant de nombreuses années en samizdat (I) dans les milieux contestatai- res moscovites. On sent l’auteur hanté, a l'image de ses personnages, par la mort et la destruction; il se dégage de son roman Chatouny un climat de violence malsaine assez répugnant parfois, cepen- dant Chatouny est une oeuvre forte et prenante, a conseiller aux adeptes de Roland Topor (2). Voici -le genre d’étranges dialogues que l’on trouve dans Chatouny: “Yous aimez les mots et les symboles de la mort? jeta Anna. Fiodor trésaillit : “Pourquoi, tu les connais? [‘Jamazs je n'ai parlé ainsi a personne, pensa-t-1l]. Anna alluma une cigarette et reprit la conversation. Elle usatt parfots de mots st étranges que Fiodor en restait pantots. Youri Mamleiev, agé aujour- d’hui de 55 ans, vit depuis deux ans a Paris, ow il enseigne la littérature soviétique. (I) Samzzdat: ouvrage proscrit par les autorités soviétiques, que l’on diffuse sous le manteau. Leur influence est importante dans certains milieux en Union soviétique. Le célébre dissident Soljenitsyne s'est fait connaitre par ce biais. (2) Roland Topor: écrivain francais connu pour son humour noir et son gout pour le morbide. “Chatouny” de Yourt Mamleiev est édité chez Robert Laffont dans la collection “Pavillons”. On peut se le procurer chez Manhattan Books, 1089 rue Robson. Portrait d’une Francophone Elle peint en francais Par Annie Granger Trouver une galerie est une chose — récemment 30 galeries _ ont fermé leurs. portes a Vancouver A cause de la crise économique — et en trouver une dont les finances sont plutét sires en est une autre, car en cas de faillite, tout est gelé pendant deux ans, y compris les oeuvres de l’artiste qui y sont exposées. Pernelle Sévy, peintre franco- phone et résidant a Port Alberni a eu la chance de trouver la Danish Gallery sur la 10éme avenue, coin Alma, a Vancouver, une galerie sérieuse et depuis des années établie ici. Le nom de Pernelle Sévy vous dit certainement quelque chose si vous avez suivi les expositions du Centre culturel colombien, si vous avez visité le Festival francophone. Et puis, sur la i chaine de Radio-Canada, elle avait fait l'objet, en compagnie de son époux, .ethnologue, d'une émission sur le réseau ouest. Encre de chine, peinture acrylique mélangée a l'eau, gouache, aquarelle, les peintures abstraites de Mme Sévy portent des titres parce qu'il faut en donner. “Sz les gens peuvent réver devant mes toiles, trés bien, et pensent animporte quot je n'ai aucune objection. Je pense a des accords de forme, les titres je les mets ensuite.” Voila pour classer Pernelle qui sort des sentiers battus de cet art. Ne vous attendez surtout pas au son de “le marais salants, cette autre, le joueur de baseball, évocation de la force; tous “ces tableaux montrent. une technique de perspectives, de formes, de design méme. See eee Couleurs pastels, couleurs vives que l'on a comparées a celles du Mexique. Pernelle Sévy a été professeur de design, elle a enseigné la calligraphie, a méme écrit des bouquins pour les éditions Hachette, voila qui explique beaucoup de choses. A moins de s’étre fait connaitre avant la crise, "on ne vit pas de ses peintures”, car les_ galeries prenant 50%, il ne reste pas beaucoup, 4 moins de vendre beaucoup et cher. Peindre c’est une chose, peindre pour exposer en est une autre. C'est aprés avoir déménagé a Port - Alberni qu’elle recommence a -peindre. Sa premiére exposition importante (tapisserie et peintu- re), c'est l’Alliance francaise de Vancouver qui l’amontéeil y a 6 ans, "et ¢aa bien marché, jen at vendu cing.” Port ‘Alberni a pris la suite; puis le Centre culturel colombien, le festival francopho- ne et maintenant cette galerie, et une autre, la Paperworks ou quelques toiles de Mme Sévy sont exposées.